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Pourquoi les jurys littéraires cherchent une "voix" plus qu'une histoire parfaite ?



Beaucoup de candidats à un concours d'écriture pensent qu'il faut avant tout une intrigue parfaitement construite, sans la moindre faille de logique, pour convaincre un jury. Cette idée n'est pas fausse, mais elle est incomplète. Les règlements de concours de nouvelles comme le Prix Clara, tout comme ceux d'autres concours d'écriture, mettent en avant des critères qui ne relèvent pas seulement de la construction d'une histoire, mais de quelque chose de plus personnel : la façon dont elle est racontée.

Ce que les règlements de concours disent vraiment

Il suffit de regarder plusieurs règlements de concours de nouvelles pour remarquer un point commun. Le règlement d'un concours national de nouvelle organisé pour les étudiants précise que le jury juge les textes selon un ensemble de critères communs, parmi lesquels "l'originalité de l'histoire", "la qualité du style", "les émotions dégagées par le texte", et le respect de l'orthographe et de la grammaire. D'autres concours associatifs de nouvelles retiennent des formulations proches, mentionnant "l'originalité", "la qualité de la langue" et le respect du thème parmi leurs critères d'évaluation. Ces exemples montrent qu'au-delà de la seule construction d'une intrigue, la façon d'écrire compte explicitement dans le jugement porté sur un texte, sans qu'on puisse pour autant en déduire un poids précis et chiffré par rapport aux autres critères.


Conseils pour les concours littéraires

La voix, ce n'est pas le style technique

Il est facile de confondre deux notions qui se ressemblent, mais qui ne désignent pas la même chose. Le style, au sens technique, regroupe des choix concrets et observables : la longueur des phrases, le vocabulaire employé, la ponctuation, le rythme de la narration. C'est une dimension qui se travaille et se perfectionne consciemment, par la pratique et la relecture.

La voix désigne quelque chose de plus profond. C'est le regard singulier qu'un auteur porte sur une situation, sa façon particulière de choisir ce qu'il montre et ce qu'il tait, la sensibilité qui transparaît derrière les mots même quand on ne connaît pas encore l'auteur qui les a écrits. Deux personnes peuvent utiliser un vocabulaire simple, des phrases courtes, la même ponctuation, et pourtant produire deux textes qui ne se ressemblent pas du tout, parce que leur voix, elle, reste différente. La voix englobe le style, mais elle le dépasse largement : c'est elle qui rend un texte reconnaissable, au-delà de sa seule technique d'écriture.

Une histoire simple, racontée avec sincérité, peut suffire

C'est là que se trouve la vraie bonne nouvelle pour un jeune auteur qui n'a pas l'impression d'avoir une intrigue spectaculaire à proposer. Un jury lit souvent des dizaines de textes, parfois davantage, pour une même édition d'un concours. Une intrigue complexe mais impersonnelle, où l'on sent que l'auteur a surtout voulu "faire de l'effet", peut paradoxalement se fondre dans la masse. À l'inverse, une histoire modeste, un souvenir de vacances, une scène de la vie de tous les jours, racontée avec une voix sincère et un regard vraiment personnel, peut retenir davantage l'attention, précisément parce que cette personnalité qui transparaît est ce qui rend un texte mémorable parmi d'autres.

Ce n'est donc pas la grandeur du sujet qui fait la différence, mais la sincérité avec laquelle il est raconté. Un jury cherche moins un exploit narratif qu'une présence réelle derrière les mots.


Trouver sa voix pour devenir auteur ou autrice

La voix ne se force pas, elle se construit en écrivant sans imiter

Il serait tentant de vouloir "fabriquer" une voix, en copiant le ton d'un auteur qu'on admire ou en cherchant volontairement à paraître original. Cette approche fonctionne rarement, car la voix n'est pas une technique qu'on applique de l'extérieur : elle émerge progressivement, souvent sans effort conscient, à mesure qu'un auteur écrit régulièrement, lit beaucoup, et cesse peu à peu de vouloir "bien écrire" au sens scolaire pour écrire comme il pense et ressent réellement les choses.

Ce processus prend du temps et n'est jamais vraiment terminé : la voix continue d'évoluer texte après texte. Il n'y a donc rien d'inquiétant à ne pas encore la sentir clairement affirmée dans ses premiers textes. Elle se construit par la pratique répétée et la sincérité, pas par un objectif à atteindre absolument avant d'envoyer sa nouvelle à un concours.

Travailler son intrigue, sans négliger ce supplément de personnalité

Construire une histoire cohérente reste utile et nécessaire : une intrigue confuse ou pleine d'incohérences desservira toujours un texte, quelle que soit la sincérité de la voix qui le porte. Mais réduire son travail d'écriture à la seule solidité de l'intrigue, en pensant que la voix est un supplément accessoire, revient à négliger ce qui, très souvent, fait qu'un texte se distingue vraiment parmi beaucoup d'autres. Les deux dimensions se complètent, et aucune ne suffit totalement sans l'autre.

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