L’Intelligence Artificielle est-elle l’Antéchrist annoncé par l’Apocalypse ?

par Nicola MUNK - Auteur du Guide Illustré des Symboles occultes [Editions ETHOS]

Une lecture contemporaine du 666, le nombre de la « bête

On le sait bien, à chaque grande rupture technologique, les sociétés projettent leurs espoirs et leurs craintes sur les textes prophétiques : imprimerie, éléctricité, informatique... toutes ces avancées ont apporté leur peur et leur fin du monde. L’intelligence artificielle ne fait pas exception. Sa capacité à produire des discours, à reconnaître des visages, à orienter des décisions, à devenir indépendante, à dépasser l’homme en tout ou à s’intégrer aux échanges économiques, peut nous conduire à la rapprocher des figures inquiétantes de l’Apocalypse attribuée à saint Jean. Certains diront que cete fois encore, cette hypothèse nourrit une belle réflexion spirituelle, mais ne constitue ni une identification démontrée ni un consensus théologique. Nous allons tenter de démontrer ici que le 666 est bel et bien une évocation claire de l’IA !

Ce que nous dit le texte de l’Apocalypse de Saint Jean

Dans le chapitre 13 de l’Apocalypse, Jean décrit deux « bêtes ». Pour résumer somplement ce qui est dit, la seconde bête promeut l’autorité de la première, accomplit des signes, façonne une image et impose une marque sans laquelle il devient impossible d’acheter ou de vendre. Le texte invite ensuite à calculer le nombre de la bête. C’est le fameux 666, présenté comme un nombre venant de l’homme.

On notera que le terme « Antéchrist » ne figure pas dans l’Apocalypse elle-même : il apparaît dans des épîtres attribuées à Jean, où il désigne celui qui nie le Christ (au sens antichrist) et, qui mis au pluriel, représente les adversaires de Dieu (ou de la spiritualité). L’association directe entre l’Antéchrist et le 666 relève donc d’une tradition d’interprétation postérieure, et non d’une équivalence explicitement formulée dans le texte. Mais peu importe car il est ici question de tenter d’expliquer ce qu’est le 666 à l’aune de la société actuelle, quelques 2000 ans après cette étonnante vision de Jean.

Pourquoi certains voient dans la vision de Saint Jean une préfiguration de l’IA ?

Le rapprochement repose d’abord sur l’idée d’une « image » capable de parler. Les systèmes génératifs donnent aujourd’hui une voix, un visage et une apparence d’autonomie à des représentations artificielles. Certains y voient un écho saisissant de l’image animée décrite par Jean. Ensuite, l’IA peut être associée aux mécanismes d’identification, de notation, de surveillance et d’autorisation qui conditionnent l’accès à des services. Couplée à l’identité numérique et aux paiements automatisés, elle pourrait contribuer à un système où la participation économique dépend d’une validation technique omniprésente. En outre, l’IA devient chaque jour plus puissante quand l’humanité semble devenir de moins en moins intelligente. On parle d’un croisement des courbes d’intelligence au moment de la singularité. L’IA progressant alors de manière exponentielle quand l’intelligence humaine (non aidée) entame une réelle chute.

Un dernier parallèle concerne la concentration du pouvoir. Une IA contrôlée par un État, une entreprise ou une coalition pourrait amplifier la propagande, filtrer l’information, automatiser la censure et rendre certaines décisions difficiles à contester. Dans cette lecture, l’« esprit antéchristique » ne serait pas la machine en elle-même, mais l’usage d’un système qui réclame une confiance absolue, remplace le discernement moral et soumet les personnes à une autorité déshumanisée.

Que signifie réellement le nombre 666 ?

Le nombre 666 a donné lieu à de nombreuses lectures. L’une des plus répandues, hélas, s’appuie sur la gématrie, procédé ancien attribuant une valeur numérique aux lettres (ou chiffres) hébraïques, et relie ce nombre à l’empereur Néron, symbole de persécution et de puissance impériale. Mais il semble que cette analyse soit un leurre car l’on fait dire ce que l’on veut à la gématrie (un peu comme l’on fait dire ce que l’on veut aux prophéties de Nostradamus).

Une lecture plus récente permettait d’accuser les codes barres qui contenaient tous le chiffre 6 répété trois fois sous sa forme binaire. Pour d’autres encore le 666, c’est le Sex Sex Sex, le XXX, le FFF, les 3 clous de la croix ou même l’atome de carbone.

Une autre lecture voit dans le chiffre six — répété trois fois — l’image d’une humanité qui prétend atteindre la perfection divine sans jamais y parvenir. Une humanité, dépassée par la Bête, qui n’a d’autres choix que de devenir la bête ou mourir. Et c’est dans cette perspective que le 666 peut être assilimé au transhumanisme et donc à l’I.A !

Exégèse plus complète du nombre 666

Pour bien comprendre le 666, il faut revenir à ses véritables origines. Le « nombre de la Bête » est cité au chapitre 13 de l'Apocalypse (ou Livre de la Révélation) qui fut écrit à Patmos – certainement en hébreu ou peut-être en grec – au 1er siècle après JC et que l’on attribue selon les cas à Saint Jean l’apôtre (l’évangéliste) ou à Saint Jean le Presbytre. A la suite d’une étrange vision, Jean nous annonce : « Que celui qui a de l'intelligence calcule le nombre de la bête. Car c'est un nombre d'homme et son nombre est six cent soixante-six. »

IllustrationIllustrationLorsqu’il est écrit dans sa version originale en hébreu (ou en araméen), le 666 prend la forme de 3 fois la lettre Vav (dont la valeur est 6) car il ne faut pas oublier que Jean (Yōḥānān) était un Hébreu.

L’auteur de l’Apocalypse ajoute que les pieds de la bête étaient comme ceux d’un ours. L’origine du nombre 666 visualisé en pensée par Jean pourrait être cette marque de la bête, c’est-à-dire la trace fréquemment laissée sur des arbres par les 3 griffes dominantes d’un ours et qui peut s’apparenter à trois Vav, comme le montre le dessin ci-contre.

Or, le Vav hébraïque cité plus haut est à la fois un 6, un V et un W. Vous comprendrez donc que le 666 se dit et se lit comme un W répété 3 fois, comme les 3 w des sites internet ! Ce serait le fameux www (qui, certes, signifie world wide web) que Jean aurait vu. Internet avec ses dérivés et ses évolutions seraient donc la fameuse « bête » dont parle Saint Jean, ayant réellement surgi vers l’an 2000 pour envhair le monde ? L’an 2000 ? C’est-à-dire « l’an mille après l’an mille » comme il est dit dans une autre prophétie !

Ce web, cette toile, ce média avec ses millions d’images, qui – en dehors de son aspect informatif et pratique – semble, avec un peu de recul, faire plus de mal que de bien à l’humanité ! Et plus que jamais maintenant que le web a pris la forme tentaculaire de l’I.A ! Ce même web qui s’est imposé un peu plus chaque jour comme étant l’unique moyen de vendre, d’acheter mais aussi de nourrir, d’asservir et de surveiller les populations, en les rendant dépendantes des mobiles et maintenant de l’IA…

On notera que les indiens Hopis, évoquent dans leurs prophéties une menace pour l’humanité qui viendra des « toiles d'araignées tissées dans le ciel », les toiles du web dans lequel l’humanité se retrouve piégée ?

Rappelons-nous ce que Saint Jean avait affirmé concernant la bête : « Elle fit que […] personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom »

À l’aune de cette troublante précision, comment ne pas avoir de certitudes sur la véritable nature du 666 révélé à Jean dans sa vision du futur ? C’est bel et bien Internet qui permet d’acheter ou vendre désormais. La marque de la bête dans la main ou dans le front ne ferait-elle pas penser à la puce RFID ou à ses évolutions futures ? Ou plus encore à l’implant Neuralink et ses futurs successeurs plus évolués ?

La fin de la spiritualité ?

Le rêve des transhumansites est en passe de se réaliser puisque par obligation, et non par choix, les humains vont devenir des surhommes ! Le transhumaniste ne croit pas en une vie spirituelle ou à la vie après la mort, il ne croit qu’en l’homme et à la science, et par conséquent en la possibilité de rendre l’homme immortel… bref, de faire que l’homme pourra devenir un dieu !

Le transhumanisme a pour espoir ou pour but de créer un « homme amélioré » : un humain modifié génétiquement fort et qui ne tombe pas malade, augmenté par les machines (il devient cyborg), pucé (avec une micropuce insérée sous la peau), bionique (avec la fusion entre la biologie et la machine). Cela dans le but de ne conserver à terme que des surhommes (Übermensch, HomoDeus) sur terre, et accessoirement, en se débarrassant de tous les « inutiles » qui n’auront pas voulu, pas su ou pas eu les moyens financiers de s’augmenter.

Pour certains, comme le Docteur Laurent Alexandre, la super intelligence artificielle permet presque déjà de réguler ou de stopper les effets du vieillissement, la super intelligence nous évite d’apprendre, d’aller à l’école et de faire des études puisqu’elle nous permettra de tout savoir sur tout, sans délai. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose pour l’humanité sur le long terme ? L’avenir nous le dira. Mais si cela devait arriver, si l’homme devenait immortel, super intelligent, l’homme ou, a minima, l’élite mondialiste et dominante, assistée des ingénieurs en charge de ces projets, serait alors à l’égal de Dieu sur la terre (omnipotent et immortel) et pourront malgré tout dominer ceux qui auront été augmentés, car « certains hommes sont plus égaux que d’autres » comme disait Georges Orwell. C’est en cela que, pour les tenants de la théorie du complot, ce mouvement progressiste et cette conception de l’homme du futur a des relents lucifériens, avec ce profond désir d’égaler Dieu voire de le surpasser.

Puisque l’Homme augmenté devient Dieu, puisqu’il peut tout, puisqu’il est désormais immortel, pourquoi l’Homme devrait-il croire en autre chose qu’en lui-même ? C’est l’idée des humanistes et encore plus des transhumanistes : l’homme au milieu de tout (comment ne pas penser à ce superbe dessin revisité par Leonardo Da Vinci : L’Homme de Vitruve)

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On peut donc déduire de tout ceci que « la bête » de l’Apocalypse et son 666 pourrait globalement symboliser le matérialisme pur et dur (l’argent, la surconsommation, les grandes banques, les enjeux financiers) ou pire encore, et plus probablement, l’avènement des machines avec l’IA et le remplacement de l’Homme par la machine… éloignant l’Homme de la spiritualité (et de la religion) tout en l’éloignant de sa véritable nature, le transformant en robot qui ne pense plus, qui ne croit plus, qui n’a plus besoin de Dieu.

Rappelons-nous de cette inquiétante phrase de Mahatma Gandhi, un autre visionnaire : « La machine a gagné l'homme, l'homme s'est fait machine, il fonctionne et ne vit plus »

Est-ce que l’antéchrist sera la super intelligence qui connaitra son véritable déploiement aux alentours de 2030 ? Allons-nous vers un scénario à la Terminator ? Est-ce que les machines estimeront que l’homme nuit à la terre et qu’il faut le détruire ? Est-ce que les hommes devront être « augmentés » (pucés) pour concurrencer les machines ?

La surveillance sans recours, la manipulation de masse, l’exclusion économique, le culte de l’efficacité et l’effacement de la responsabilité humaine méritent une vigilance réelle.

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L’Apocalypse de Saint Jean offre une grille de discernement puissante face à toute technologie devenue instrument d’adoration, de contrôle ou de domination. Le danger ne résidera pas nécessairement dans l’intelligence artificielle elle-même, mais dans la tentation humaine de lui déléguer sans limite le jugement, l’autorité, le contrôle et la valeur des personnes. Le 666, c’est-à-dire le www de l’IA, serait la bête, le symbole d’un pouvoir qui se veut total et qui demande à être reçu comme absolu. Un pouvoir immense qui ménera peut-être l’humanité à sa perte… du moins sous sa forme actuelle.


Pour aller plus loin :

Le guide illustré des symboles occultes
Nicola MUNK